Vous avez un bail commercial avec une clause d’indexation, et au moment de réviser le loyer, la discussion se bloque sur une question très simple: « quel indice, quel trimestre, et quel calcul exact ? ». Mon réflexe est de ramener le sujet au concret: retrouver la bonne valeur d’ILC, appliquer le ratio d’indices, puis vérifier si un plafonnement légal à 3,5 % s’applique.
L’ILC, à quoi ça sert dans un bail commercial
L’ILC est l’Indice des loyers commerciaux, publié par l’Insee, avec une base 100 au 1er trimestre 2008. Dans la vraie vie d’un bailleur ou d’un commerçant, il sert à encadrer la révision du loyer : soit via une clause d’indexation (souvent annuelle, si le bail le prévoit), soit via la révision triennale prévue par le Code de commerce (articles L.145-33 à L.145-40).
Point à ne pas rater : l’indice est un chiffre publié, on ne le « corrige » pas après coup. En revanche, le loyer, lui, se réajuste selon la clause et la période. C’est une nuance de vocabulaire, mais en cas de contestation, elle change tout : on discute le trimestre retenu, le ratio, l’arrondi, pas l’existence de l’indice.
ILC, ILAT, ICC : choisir le bon indice (et éviter les erreurs de bail)
Avant de sortir la calculatrice, je commence par le point le plus concret : l’indice mentionné au bail. En pratique :
- ILC : loyers commerciaux pour activités commerciales ou artisanales.
- ILAT : peut être utilisé selon certains baux, avec une possibilité d’utilisation ILC ou ILAT issue de la loi n° 2014-626 du 18 juin 2014 (article 9).
- ICC : indice du coût de la construction. Il entre dans le calcul de l’ILC et peut apparaître dans des clauses anciennes, mais il faut le manier avec prudence selon le bail.
Repères chiffrés utiles pour ne pas confondre : ILAT T4 2025 = 137,21, ILAT T3 2025 = 137,07, ICC T4 2025 = 2 058, ICC T3 2025 = 2 056. Quand je vois un courrier de révision qui mélange ILC et ICC, mon premier doute porte souvent sur la dépense cachée : un mauvais indice peut produire un loyer faux, et un conflit évitable.
Êtes-vous dans le champ de l’ILC ?
L’ILC concerne les preneurs exerçant une activité commerciale ou artisanale immatriculés (RNE / RCS / Répertoire des métiers). En revanche, on est typiquement hors ILC pour des bureaux à usage exclusif, des plateformes logistiques (entrepôts) ou des activités industrielles.
Cas qui fait trébucher : commerce avec une part de bureaux. Là, je reviens au document qui tranche vraiment : la destination contractuelle écrite dans le bail, et ce que disent les avenants. C’est souvent là que se joue la solidité d’une indexation.
Valeur ILC la plus récente et historique : le trimestre à retenir
L’ILC est trimestriel et publié vers la fin du troisième mois suivant le trimestre sous revue. La dernière valeur disponible ici est 2026 T1 = 135,26, avec une variation annuelle de -0,45 %. Pour des révisions courantes, on croise fréquemment aussi : 2025 T4 = 134,62, 2025 T3 = 137,09, 2025 T2 = 136,81, 2025 T1 = 135,87, 2024 T4 = 135,30, 2024 T3 = 137,71, 2024 T2 = 136,72, 2024 T1 = 134,58, 2023 T4 = 132,63, 2023 T1 = 128,68, 2022 T1 = 120,61, 2021 T4 = 118,59.
| Trimestre | ILC | Variation annuelle |
|---|---|---|
| 2026 T1 | 135,26 | -0,45 % |
| 2025 T4 | 134,62 | |
| 2025 T3 | 137,09 | |
| 2025 T2 | 136,81 | |
| 2025 T1 | 135,87 | |
| 2024 T4 | 135,30 | |
| 2024 T3 | 137,71 | |
| 2024 T2 | 136,72 | |
| 2024 T1 | 134,58 | |
| 2023 T4 | 132,63 | |
| 2022 T1 | 120,61 | |
| 2021 T4 | 118,59 |
Comprendre comment l’ILC est construit (et ce qui a changé depuis 2021)
Pour anticiper les mouvements et mieux négocier, il faut comprendre la mécanique. L’ILC a été créé par la loi n° 2008-776 du 4 août 2008, avec des modalités initiales fixées par le décret n° 2008-1139 du 4 novembre 2008.
Jusqu’au T3 2021 inclus, la formule historique était : ILC = 50 % mIPCL + 25 % mICC + 25 % mICAVaCD, avec mIPCL (prix à la consommation hors tabac et loyers, moyenne 12 mois), mICC (coût de la construction, moyenne 4 trimestres), mICAVaCD (chiffre d’affaires du commerce de détail, moyenne 12 mois, corrigé des variations saisonnières). Depuis le T4 2021 (entrée en vigueur à compter du 4e trimestre 2021, rétroactif à T4 2021), une réforme via le décret n° 2022-357 du 14 mars 2022 a supprimé la composante chiffre d’affaires et la formule est devenue : évolution ILC = 75 % mIPCL + 25 % mICC.
Calculer une révision ILC sans se tromper
La méthode opérationnelle tient en une ligne. Nouveau loyer = loyer actuel x (dernier indice publié / indice de référence). L’indice de référence est celui prévu au bail (trimestre de référence). Sans cette précision, on retombe dans l’interprétation de la clause et dans la logique contractuelle, ce qui est rarement confortable.
Exemple reproductible : 1 200 x 136,81 / 136,72 = 1 200,79 euros. On voit le piège : si vous appliquez une « variation annuelle » au lieu d’un rapport d’indices, vous n’obtenez pas le même résultat. Autre piège courant : prendre un indice qui n’est pas encore publié au moment où l’on veut faire courir la révision.
Mon arbitrage va vers un calcul simple et traçable: le bon trimestre, le bon ratio, et un arrondi assumé et constant.
Sur les arrondis, je préfère une règle écrite et stable (au centime ou à l’euro). Le vrai risque n’est pas l’écart de quelques centimes, c’est l’incohérence d’une année sur l’autre, qui ouvre la porte à une contestation.
Révision triennale ou indexation : deux leviers, deux logiques
La révision triennale est un mécanisme légal, possible tous les 3 ans. Illustration : pour un bail qui prend effet le 1er janvier 2021, la demande est possible à compter du 2 janvier 2024. L’indexation (clause d’échelle mobile) est, elle, contractuelle, souvent annuelle, et dépend strictement de la rédaction. Dans les échanges tendus, je regarde d’abord ce qui peut déraper : date d’effet, trimestre retenu, et indice effectivement visé par la clause.

Plafonnement d’urgence à 3,5 % pour TPE et PME : comment vérifier
Sur une période donnée, un plafond de 3,5 % limite la variation annuelle de l’ILC pour TPE/PME. Conditions d’éligibilité : moins de 250 salariés et chiffre d’affaires annuel inférieur ou égal à 50 M euros ou total de bilan inférieur ou égal à 43 M euros. Le dispositif a visé les indices applicables entre T2 2022 et T1 2023 (article 14 de la loi du 16 août 2022), puis a été étendu par la loi du 7 juillet 2023 à tous les trimestres 2023 jusqu’au T1 2024.
- Calculez la variation annuelle théorique via votre révision ILC.
- Comparez-la au plafond de 3,5 % sur la période concernée.
- Si la variation dépasse, appliquez le plafonnement et conservez les justificatifs (effectif, CA, bilan) et la référence exacte de l’indice.
Sur le terrain, j’ai déjà vu une révision bien calculée mathématiquement, mais contestable juridiquement parce que le locataire était éligible au plafonnement et que personne n’avait gardé la preuve. Une révision de loyer commercial, ça se finance et ça se vit, mais ça s’archive aussi : bail, avenants, valeur trimestrielle retenue, calcul détaillé. C’est ce qui rend la discussion tenable, même si les hypothèses se durcissent.
