Financement & Crédit

Indice du coût de la construction (ICC) : dernière valeur, calcul de révision et règles après la loi Pinel

Par François Bernier
icc indice cout construction main 580

Si votre bail parle encore d’ICC, le bon réflexe est simple : partir du trimestre exact prévu dans la clause, prendre la dernière valeur officielle disponible pour ce trimestre, puis appliquer une formule unique. À date, la dernière valeur publiée est ICC 2026 T1: 2 084, avec une variation annuelle de -2,89 %, ce qui change très concrètement le sens de vos révisions : on n’est plus dans une mécanique de hausse automatique.

ICC, IRL, ILC, ILAT : commencer par ne pas se tromper d’indice

L’ICC est un indice trimestriel publié par l’INSEE. Historiquement, il a servi à indexer certains loyers et à suivre l’évolution des coûts de construction. Dans la pratique, je vois surtout deux usages côté bailleurs et gestionnaires : vérifier une clause d’indexation au moment d’une révision, et contrôler un calcul quand un locataire ou un preneur conteste un montant.

Le piège classique, c’est la confusion d’indices. On parle tous « d’indexation du loyer », mais on ne parle pas forcément du même thermomètre :

  • IRL : l’indice des loyers d’habitation, celui qu’on associe spontanément aux logements.
  • ILC et ILAT : des indices utilisés pour des baux commerciaux selon la nature de l’activité (commerce ou activités tertiaires).
  • ICC : un indice centré sur le coût de la construction, que l’on rencontre encore dans des baux plus anciens ou des clauses historiques.

Mon arbitrage, quand je relis une clause : je ne m’arrête pas au nom de l’indice, je vérifie ce que le bail exige exactement (indice, trimestre, périodicité). C’est ce détail qui fait la différence entre une révision propre et un courrier fragile.

Mon arbitrage, quand je relis une clause : je ne m’arrête pas au nom de l’indice, je vérifie ce que le bail exige exactement (indice, trimestre, périodicité). C’est ce détail qui fait la différence entre une révision propre et un courrier fragile.

Dernière valeur ICC et tendance récente : ce que ça implique pour vos loyers

La donnée que tout le monde cherche d’abord est celle-ci : ICC 2026 T1 = 2 084, avec un glissement annuel de -2,89 %. Dit autrement, sur un an, l’indice recule. Pour un bail indexé mécaniquement sur l’ICC, cela peut conduire à une révision moins favorable que ce que beaucoup imaginent encore, surtout si l’on reste sur le souvenir des hausses passées.

Quand je « ramène le sujet au coût total », je regarde la séquence récente. Elle raconte une décrue après un pic : on part d’un sommet à 2024 T1: 2 227, puis on observe ensuite des niveaux inférieurs (2 205, 2 143, 2 108, 2 146, 2 086, 2 056, 2 058, 2 084). Pour la gestion locative, le message est opérationnel : avant d’annoncer une révision, testez si votre clause vous oblige à prendre un trimestre précis, car « prendre le dernier publié » par réflexe peut vous mettre hors-jeu.

Trimestre Valeur ICC Variation annuelle
2026 T12 084-2,89 %
2025 T42 058-2,37 %
2025 T32 056-4,06 %
2025 T22 086-5,40 %
2025 T12 146-3,64 %
2024 T42 108-2,50 %
2024 T32 143+1,76 %
2024 T22 205+3,86 %
2024 T12 227+7,22 %

Repères utiles si vous cherchez à qualifier une période : un glissement annuel marquant est +8,80 % en 2022 T4, et une baisse marquante est -5,40 % en 2025 T2. Ce sont des points d’ancrage quand on doit expliquer au locataire pourquoi la hausse n’est pas « une lubie », ou au contraire pourquoi la révision attendue n’a rien d’une montée automatique.

Où retrouver l’ICC et sécuriser la preuve en cas de discussion ?

Pour travailler proprement, je conseille d’archiver deux choses avec votre courrier de révision : la valeur issue de la série officielle INSEE et la trace de parution au Journal Officiel (utile pour la traçabilité en gestion, ou si un désaccord s’installe). Le lien direct pour retrouver la série est : https://www.insee.fr/fr/statistiques/serie/000604030.

Sur la parution au Journal Officiel, gardez des repères simples. Par exemple : 2025 T3 a été publié au J.O. le 17/12/2025, 2025 T2 le 24/09/2025, 2025 T1 le 02/07/2025, et 2024 T1 le 29/06/2024. Je l’ai déjà vu sauver un dossier : un locataire conteste « l’indice inventé », et vous sortez un calcul daté, avec la référence et la preuve de publication. La discussion change de niveau.

Sur la parution au Journal Officiel, gardez des repères simples. Par exemple :2025 T3a été publié au J.O. le17/12/2025,2025 T2le24/09/2025,2025 T1le02/07/2025, et2024 T1le29/06/2024. Je l’ai déjà vu sauver un dossier : un locataire conteste « l’indice inventé », et vous sortez un calcul daté, avec la référence et la preuve de publication. La discussion change de niveau.

Calendrier de publication : intégrer le décalage de 3 mois

L’ICC est trimestriel et il y a un décalage à anticiper, d’environ 3 mois. Pour planifier une révision : le 1er trimestre est publié courant juin, le 2e trimestre courant septembre, le 3e trimestre courant décembre, et le 4e trimestre courant mars de l’année suivante. Repère concret : le 1er trimestre 2026 a été publié en juin 2026, et la logique reste « 3 mois après la fin du trimestre ».

Révision de loyer avec l’ICC : la formule et la méthode qui évitent 90 % des erreurs

La formule standard est unique et se contrôle facilement :

La formule standard est unique et se contrôle facilement :

Nouveau loyer = Loyer actuel × (ICC actuel ÷ ICC de référence)

Tout se joue ensuite sur les définitions. L’ICC actuel et l’ICC de référence ne sont pas « ce qui vous arrange », ce sont les trimestres prévus par la clause : parfois le trimestre d’origine du bail, parfois le même trimestre de l’année précédente, parfois une autre mécanique. Mon premier doute porte souvent sur ce point : un gestionnaire prend le dernier indice publié alors que la clause exige « le même trimestre », et le calcul devient contestable.

  • Vérifiez l’indice autorisé et la nature du bail (ne mélangez pas ICC et indices de loyers d’habitation ou de baux commerciaux récents).
  • Vérifiez le trimestre exigé, puis les valeurs exactes, et seulement après vous faites le calcul et l’arrondi.
  • Vérifiez la date d’effet et la périodicité prévues au contrat (annuelle ou triennale).

Exemple pas à pas : un bail indexé sur le même trimestre

Voici un calcul complet, typique d’une clause « même trimestre » (logique utile pour éviter des biais saisonniers). Bail signé le 1er juillet 2022, loyer initial 1 500 euros par trimestre. Indice de référence : ICC 2e trimestre 2022 = 1 966. Indice actuel : ICC 2e trimestre 2023 = 2 123.

Calcul : 1 500 × (2 123 ÷ 1 966) = 1 500 × 1,0799 = 1 619,85 euros.

Mon réflexe, c’est de « chiffrer avant de se projeter »: si le trimestre n’est pas le bon, le plus beau calcul du monde ne vaut rien.

Loi Pinel : l’ICC est-il encore autorisé pour indexer un bail ?

Côté baux commerciaux, il y a un avant et un après. Depuis le 1er septembre 2014, la loi n° 2014-626 du 18 juin 2014 (article 9, modifiant notamment l’article L.145-34 du Code de commerce) a posé un principe clair : pour les baux commerciaux conclus ou renouvelés depuis cette date, l’ICC ne peut plus servir d’indice d’indexation. Le bail doit alors se référer à l’ILC ou l’ILAT selon l’activité.

La grille de décision que j’utilise sur le terrain est volontairement rapide : si votre bail commercial a été signé ou renouvelé après le 1er septembre 2014, vous ne partez pas sur l’ICC. Si le bail est antérieur et n’a pas été renouvelé, l’ICC peut rester applicable. Et pour l’habitation, la logique usuelle reste de se référer à l’IRL, ce qui évite de s’embarquer dans le mauvais indice.

Renouvellement ou renégociation : basculer d’indice sans se fragiliser

Quand un renouvellement déclenche un changement d’indice, je reviens à une méthode très concrète : rassembler le bail initial, les avenants, la clause d’échelle mobile, l’historique des indices utilisés, et conserver les preuves (valeur INSEE, parution au J.O., calculs). Dans la clause, ce qui sécurise vraiment l’exécution, c’est de préciser l’indice, la série, le trimestre de référence, la date d’effet, la périodicité et la source officielle. Et si un désaccord apparaît, vos points d’appui restent les mêmes : trimestre, indice autorisé, calcul, date d’effet, avec l’appui d’un professionnel si la discussion se durcit.